Le départ de Carmine Conte, alias MRAK, de la direction de la société liée à Afterlife est bien confirmé. En revanche, les documents disponibles ne prouvent ni qu’il a cédé ses parts dans l’entreprise, ni que Tale of Us a officiellement annoncé sa dissolution. La nuance change tout : l’affaire est à la fois un tournant dans la gouvernance d’Afterlife et un nouvel indice de la séparation artistique de MRAK et Matteo Milleri, alias Anyma, mais ce n’est pas encore une déclaration formelle de fin.
Au 15 octobre 2026, le site officiel d’Afterlife désigne Aurelia S. Ortiz et Matteo Milleri comme dirigeants de Karmat Music GmbH, la société berlinoise associée au label. Les documents d’entreprise et les informations rapportées ces derniers jours racontent toutefois une histoire plus complexe, marquée par un conflit interne. Voici ce qui est établi, ce qui reste incertain et pourquoi cette évolution compte pour l’un des projets les plus influents de la melodic techno.
Que s’est-il passé chez Afterlife ?
Le 17 août 2026, le registre du commerce de Berlin a enregistré le départ de Carmine Conte de la direction de Karmat Music GmbH. Selon des documents rapportés par Mixmag Espagne, le changement avait été décidé lors d’une assemblée d’actionnaires le 6 août. Matteo Milleri et Aurelia S. Ortiz apparaissent, eux, comme dirigeants de la société. Le site officiel d’Afterlife affiche également leurs noms dans ses mentions légales.
Le vocabulaire employé est important. MRAK a quitté une fonction de direction, celle de directeur général de l’entreprise. Cela ne signifie pas automatiquement qu’il a quitté l’actionnariat, qu’il a abandonné le label ou que le duo Tale of Us a été officiellement dissous. Dans son compte rendu des documents, Mixmag indique que Conte détient toujours une participation de 30 % dans Karmat Music. Aucun transfert de ses parts n’est confirmé par les éléments rendus publics dans ces articles.
Le titre « Afterlife et Tale of Us, c’est terminé » va donc plus loin que les faits vérifiés. Les signaux de rupture artistique sont nombreux, mais la rupture juridique au sens large, notamment la sortie de MRAK du capital, n’est pas établie par la seule modification de la direction.
Une modification administrative sur fond de conflit interne
Le changement de direction s’inscrit dans une dispute entre Karmat Music et son actionnaire minoritaire, l’entreprise italienne SIPAL. Selon les éléments rapportés par Mixmag, Karmat reprocherait à Conte d’avoir transmis des documents confidentiels à SIPAL et d’avoir fait accepter une réclamation en justice au nom de la société. L’entreprise estime que ces actes auraient nui à ses intérêts et les relie à une décision judiciaire rendue en faveur de SIPAL en mai 2026.
Ces accusations doivent être présentées comme la version de la société, et non comme des faits judiciairement établis contre MRAK. À la date du 15 octobre 2026, les articles consultés signalent qu’il n’a pas publié de réponse détaillée sur son départ ou sur ces reproches. L’absence de commentaire public ne permet pas, à elle seule, de conclure à une culpabilité ou à un accord entre les parties.
La distinction entre direction et propriété est essentielle dans une entreprise. Un associé peut ne plus être chargé de gérer la structure tout en conservant une participation au capital. Inversement, être actionnaire ne garantit pas que l’on décide encore du calendrier des sorties, des contrats ou des événements. Pour Afterlife, cette séparation des rôles soulève donc une question concrète : qui contrôlera les choix opérationnels et artistiques, et quelle place restera à MRAK dans l’avenir du projet ? Les documents disponibles ne répondent pas encore à tout.
Pourquoi les rumeurs sur Tale of Us circulaient-elles déjà ?
La nouvelle administrative n’arrive pas dans le vide. Anyma et MRAK ont depuis plusieurs années construit des identités solo de plus en plus visibles, avec leurs propres productions et leurs propres formats de scène. Leur dernière prestation commune recensée dans les programmes d’Afterlife à Tulum remonte à janvier 2025. Depuis, les apparitions publiques du duo se sont raréfiées, tandis que leurs projets individuels ont pris davantage de place.
Cette évolution a favorisé les spéculations, mais une suite de concerts séparés n’équivaut pas à une annonce de séparation. Dans la musique électronique, un duo peut ralentir son activité commune sans cesser d’exister juridiquement ou artistiquement. Les faits les plus solides restent plus modestes : aucun communiqué commun n’a annoncé la fin de Tale of Us, et le changement enregistré concerne la direction de Karmat Music.
La séparation des trajectoires apparaît néanmoins dans leurs choix de scène. Matteo Milleri poursuit le projet Anyma et présente le spectacle ÆDEN dans le cadre d’une tournée internationale en 2026, avec une résidence estivale annoncée à UNVRS Ibiza. Le calendrier publié sur le site officiel d’Anyma donne une mesure concrète de cette activité. MRAK, de son côté, développe son projet solo. Pour les fans, l’écart entre la marque commune Tale of Us et ces deux carrières individuelles est devenu de plus en plus visible.
Afterlife, bien plus qu’un label
Pour comprendre l’importance du changement, il faut regarder ce qu’Afterlife a construit. Lancée en 2016 par Tale of Us, la marque s’est développée à la fois comme label et comme concept événementiel. La compilation inaugurale Realm of Consciousness a posé les bases d’une identité musicale tournée vers les textures mélodiques, les montées progressives et les atmosphères cinématographiques. Resident Advisor avait alors présenté le lancement du label comme le prolongement d’une série de soirées déjà portée par le duo.
La force d’Afterlife tient à la façon dont musique et image se renforcent mutuellement. Les sets associent souvent une progression sonore ample à des visuels monumentaux, des personnages numériques et une scénographie conçue pour les grands espaces. Ce modèle a rendu la marque immédiatement identifiable, au-delà de sa sélection de morceaux. Les événements, les sorties discographiques et l’univers visuel fonctionnent comme plusieurs portes d’entrée vers une même expérience.
Ce langage a aussi contribué à faire connaître au grand public une partie de la melodic techno. Le genre ne se résume pas à des nappes dramatiques ou à des écrans géants : il repose aussi sur la tension, le tempo, la façon de faire évoluer une ligne de basse et l’art de ménager une résolution dans le mix. Mais Afterlife a popularisé une esthétique où cette dramaturgie musicale se prolonge dans l’image. La marque est ainsi devenue un repère pour les auditeurs autant qu’un modèle de production événementielle.
Le parcours du label dépasse par ailleurs les productions de ses fondateurs. Le catalogue officiel met en avant des artistes comme Mind Against, Argy, Innellea, Colyn, Kevin de Vries ou Chris Avantgarde. L’identité d’Afterlife s’est donc construite autour d’un réseau d’artistes, et non uniquement autour de Tale of Us. Cette profondeur de catalogue pourrait compter si les fondateurs ne travaillent plus ensemble : les artistes, les œuvres publiées et la marque ne disparaissent pas mécaniquement au moment où les relations personnelles ou les responsabilités changent.
Quel avenir pour le label et les événements ?
À ce stade, rien ne permet d’affirmer qu’Afterlife va fermer, être vendu ou changer immédiatement de direction musicale. La présence d’Anyma et d’Aurelia S. Ortiz dans les mentions légales indique qui dirige actuellement Karmat Music, mais ne décrit pas à elle seule les plans de sorties, les contrats en cours ou la programmation d’événements futurs.
Pour les artistes du catalogue, les enjeux sont pratiques. Un label organise le calendrier des parutions, les relations avec les distributeurs, la promotion et parfois la visibilité scénique de ses artistes. Si sa gouvernance évolue, les questions portent notamment sur les titres déjà annoncés, les projets en attente et la continuité des accords. Sans déclaration officielle sur ces sujets, il serait prématuré de prédire une vague de départs ou un arrêt des sorties.
Les organisateurs et les salles, eux, devront distinguer la marque Afterlife des carrières de ses fondateurs. Un spectacle d’Anyma ou de MRAK peut exister indépendamment d’une soirée Afterlife, et une soirée portant le nom du label n’implique pas nécessairement un set de Tale of Us. Pour organiser une programmation électronique, la question utile reste le format réellement proposé : artiste solo, duo, label showcase ou expérience audiovisuelle. Les critères de sélection d’un DJ pour un club dépendent notamment de l’identité du lieu, du public et du déroulé de la soirée, comme le détaille ce guide consacré à la programmation d’un club.
Un autre indice de cette nouvelle phase est l’existence d’ÆDEN Records, le label associé au projet Anyma. La création d’une structure distincte ouvre à Milleri un espace de publication lié à sa propre identité artistique. Elle ne suffit toutefois pas à prouver qu’Afterlife s’arrête ni qu’Anyma en abandonne la direction. Pour approfondir le lancement de cette nouvelle empreinte, le blog a déjà publié un décryptage de la création d’ÆDEN Records.
Ce que cette affaire dit de la scène électronique
La séquence rappelle qu’une marque musicale ne se confond pas avec les artistes qui l’ont créée. Un label peut conserver son catalogue, son nom et une communauté alors que ses fondateurs divergent. Mais les labels électroniques reposent souvent sur une cohérence très personnelle : une sélection, une esthétique, des choix de programmation et une relation directe entre les fondateurs, les artistes et le public. Quand la gouvernance change, la question n’est donc pas seulement administrative. Elle porte aussi sur la possibilité de préserver une vision reconnaissable.
Le modèle Afterlife a également rapproché le label de l’événementiel à grande échelle. Les sorties alimentent les sets, les sets donnent une vie collective aux morceaux, et les visuels transforment cette musique en expérience spectaculaire. Si les responsabilités créatives se redistribuent, les conséquences pourront toucher autant le rythme des événements que la direction musicale. Ce sont des hypothèses à surveiller, pas des décisions déjà annoncées.
Pour l’instant, le fait marquant est donc plus précis que le récit d’une séparation totalement consommée : MRAK ne dirige plus Karmat Music, mais les informations disponibles ne confirment pas sa sortie de l’actionnariat. Sur le plan artistique, Anyma et MRAK avancent largement en solo, sans annonce formelle de dissolution de Tale of Us. La suite dépendra des prochains actes publics, qu’il s’agisse d’une déclaration des intéressés, d’une évolution au registre ou de nouveaux projets éditoriaux et scéniques.
Une rupture de gouvernance, pas encore un épilogue officiel
Le départ de MRAK de la direction de Karmat Music marque un tournant important pour l’entreprise derrière Afterlife. Il confirme un changement de contrôle opérationnel, mais ne tranche pas toutes les questions sur la propriété du label ou l’avenir de Tale of Us. Tant que les intéressés ne clarifient pas leur position, la conclusion la plus juste reste celle-ci : la séparation professionnelle est déjà très visible, sa portée juridique et artistique complète demeure à confirmer.

