Sorti le 16 octobre 2026 chez Defected Records, Somehow It Flies est le premier album d’Oden & Fatzo. Ses 19 titres traversent la house, la disco, la pop électronique et la French Touch, avec de nombreux invités. Plus qu’une collection de morceaux destinés aux clubs, le disque donne à entendre un projet qui préfère les détours à une identité musicale figée. La présentation officielle de Defected en détaille la tracklist et les collaborations.
Un album au moment où la house se consomme surtout en singles
Dans la musique de club, un titre peut faire le tour des playlists, des radios et des festivals sans que son auteur ait besoin de raconter une histoire sur la durée d’un album. Oden & Fatzo choisissent pourtant le format long. Le geste a du sens pour un duo dont la trajectoire s’est construite par morceaux marquants et collaborations : plutôt que d’aligner une suite de singles similaires, ils rassemblent les différentes directions explorées au fil des années.
Le résultat compte 19 titres, un format ample pour un premier album de house. Cette abondance n’a pas pour seule fonction d’impressionner par le nombre. Elle donne au duo de l’espace pour faire coexister morceaux vocaux, productions pensées pour les clubs et rencontres avec des artistes aux profils distincts. L’ensemble ne demande donc pas d’être écouté comme une longue version d’un set de peak time. Il s’apprécie aussi comme une visite de plusieurs pièces d’un même univers.
Le titre, Somehow It Flies, suggère d’ailleurs le mouvement et l’évasion. Defected associe cette dimension spatiale à l’imaginaire visuel du disque et à l’approche indépendante du duo. C’est une façon adéquate de présenter un album qui ne cherche pas à enfermer Oden & Fatzo dans une seule case : la cohérence vient moins d’un son identique d’un bout à l’autre que d’un goût commun pour le groove et les contrastes.
Oden & Fatzo, un projet dont la forme a évolué
Le nom peut donner l’impression d’un duo immuable, mais l’histoire du projet est plus nuancée. Oden & Fatzo s’est développé à partir de deux formations, Oden et Fatzo, et a longtemps fonctionné comme un trio. En 2024, Abel a annoncé son départ pour poursuivre un projet solo sous le nom de Metrokid. Les médias spécialisés ont alors décrit Alex et William comme les membres restants, tandis que Defected présente aujourd’hui Oden & Fatzo comme un duo. Le récit de cette transition par Radio FG permet de comprendre pourquoi les anciennes descriptions du groupe ne coïncident pas toujours avec la présentation actuelle.
Cette évolution éclaire un détail de l’album. Eyes On You, le dernier morceau, est crédité à Oden & Fatzo, Thurman et Metrokid. Il s’agit donc d’une collaboration avec Abel, qui a quitté la formation, et non d’un retour annoncé de l’ancien trio. La nuance compte : le disque assume des liens avec le passé du projet sans effacer son organisation présente.
Les collaborations ne sont pas une simple liste d’invités prestigieux. Elles prolongent une méthode : construire des morceaux avec des voix, des producteurs et des partenaires capables d’apporter une couleur nouvelle. Sur Somehow It Flies, les crédits font notamment apparaître Astels, Saint Raymond, Raphael Schweitzer, Yasmin Jane, Romeo Louisa, MEZERG, Barney Bones, Camden Cox et Poppy Baskcomb. La tracklist complète publiée par le label anglais montre l’ampleur de ce réseau créatif.
De « Lauren » aux titres Defected : une audience élargie
Pour beaucoup d’auditeurs, la porte d’entrée reste Lauren, une relecture du titre de Men I Trust. Le morceau a révélé le savoir-faire du projet : garder une sensation mélodique immédiate tout en l’installant dans un cadre house. Dans une interview accordée en 2022, les membres racontaient que cette version avait d’abord circulé comme un edit, avant d’être retravaillée pour pouvoir sortir officiellement. Leur entretien avec Wonderland revient sur cette genèse et sur la réaction du public lorsque le morceau était joué en concert.
Le succès de Lauren n’a pas limité le duo à ce seul registre. Son parcours chez Defected s’est poursuivi avec Lady Love, en collaboration avec Camden Cox, puis Tell Me What You Want, avec Poppy Baskcomb. Le label mentionne respectivement plus de 120 millions et 165 millions d’écoutes mondiales pour ces deux morceaux au moment de l’annonce de l’album. Ces chiffres viennent de Defected et correspondent à sa publication de septembre 2026, pas à un comptage en temps réel.
Le passage chez Defected apporte aussi un contexte important. Fondé en 1999, le label britannique s’est construit autour de la house, avec une activité qui comprend les sorties musicales, les émissions de radio et les événements. Sa présentation officielle le décrit comme une structure qui s’est développée tout en conservant la musique house au centre de son identité. Pour Oden & Fatzo, publier un album sur cette maison, après plusieurs singles, revient à inscrire leur projet dans un catalogue tourné vers la culture club, mais assez large pour accueillir des morceaux qui visent aussi la radio et l’écoute à la maison.
Comment l’album fait cohabiter club, mélodie et pop
Parler de house et de disco donne un premier repère, mais ne résume pas la variété du disque. Les collaborations vocales ouvrent des espaces plus mélodiques, tandis que d’autres titres privilégient la fonction directe du morceau de club. Le pari est de faire tenir ces sensibilités dans un même album sans prétendre qu’elles sont interchangeables.
Take Our Time, enregistré avec Astels, a précédé la sortie de l’album comme premier aperçu de son univers. Son titre et son association de voix et de production électronique donnent une entrée plus accessible dans le projet. À l’autre bout du spectre, This Is The Way, avec Herr Krank et Larry Houl, s’adresse plus nettement aux moments où l’énergie du dancefloor doit prendre le dessus. Entre ces pôles, l’album peut changer de registre sans renoncer à son ancrage dans la musique de club.
My Temptations, avec Barney Bones, avait déjà été publié avant l’album. La rencontre entre le duo et le chanteur américain illustre la place accordée aux voix et aux collaborations dans leur travail. Leave It All Behind, avec Chesster, et Flowers In The Sand, avec Saint Raymond et Raphael Schweitzer, élargissent encore ce terrain de jeu. Ces titres contribuent à la diversité du disque, au lieu de faire des invités de simples ornements.
Cette circulation entre les styles fait écho à la manière dont Oden & Fatzo décrivent leur travail. Dans une interview publiée en 2026, ils expliquent que le genre musical est pour eux un outil plutôt qu’une règle fixe, et que la cohérence d’un set peut venir de la façon de relier des moments différents. Leur entretien avec Magnetic Magazine développe cette idée : l’identité ne suppose pas que tous les morceaux empruntent la même route.
French Touch, mais sans nostalgie obligatoire
Le lien avec la French Touch est naturel : les filtres, le goût du groove et l’importance accordée à la danse font partie des repères que l’on associe à cette famille musicale. Mais Somehow It Flies n’a pas besoin de se présenter comme un exercice de nostalgie. L’album utilise ces références comme une matière parmi d’autres, à côté des voix pop, des productions house contemporaines et des collaborations qui font varier les textures.
Pour replacer cette filiation dans son histoire, l’article de DJO Booking consacré à l’album Homework et à l’essor de la French House offre un détour utile. Chez Oden & Fatzo, l’héritage est moins une formule à reproduire qu’un vocabulaire disponible : ce qui compte, c’est la façon de le combiner avec des éléments plus récents et des personnalités vocales différentes.
Cette souplesse explique aussi pourquoi l’album peut passer d’une écoute attentive à un usage très concret en club. Certains morceaux fonctionnent comme des chansons, avec une place importante accordée à la voix. D’autres privilégient le mouvement et l’efficacité du groove. Pour un DJ, cette variété offre davantage de points d’entrée : un titre peut s’intégrer dans une séquence house, un autre accompagner une montée plus mélodique, sans que le disque impose une seule façon de l’utiliser.
Un album de DJ, mais pas seulement un outil de DJ
Un album électronique peut remplir deux fonctions. Il peut servir de réserve de morceaux à jouer, mais aussi proposer une œuvre conçue pour l’écoute, avec des variations d’intensité et des respirations. Somehow It Flies se situe entre les deux. Sa tracklist comprend des titres déjà connus du public et des nouveautés, ce qui donne aux auditeurs familiers de l’univers du duo des repères tout en les invitant à découvrir des collaborations moins attendues.
La distinction entre DJ set et performance live est également importante dans le cas d’Oden & Fatzo. En entretien, le duo indique jouer majoritairement sa propre musique sur scène et adapter ses performances au contexte, au public et au moment de la soirée. Leurs morceaux ne sont donc pas seulement des sorties destinées aux plateformes : ils forment aussi un répertoire que le projet peut faire évoluer en situation réelle. Le disque rassemble cette matière, mais ne prétend pas figer la manière dont elle sera jouée.
Cette dimension compte dans une scène où le public peut découvrir un titre sur une plateforme, puis le retrouver dans un set, sur une scène de festival ou dans un club. Un album qui change de dynamique évite de réduire l’expérience à une succession de moments culminants. Il peut accompagner plusieurs moments d’une soirée, du début plus souple à une séquence plus énergique, même si l’ordre d’écoute ne correspond pas forcément à l’ordre de passage dans un set.
Que révèle Somehow It Flies sur la suite du projet ?
Ce premier album marque moins une rupture qu’un changement d’échelle. Oden & Fatzo disposent désormais d’un format capable de réunir leurs collaborations, leurs titres de club et leurs inclinations mélodiques. Le disque ne gomme ni l’évolution de la formation ni les différentes étapes de son parcours : il les transforme en matière créative.
La réussite de l’ensemble dépendra moins du nombre de titres que de la façon dont les auditeurs y reviendront. Certaines chansons peuvent s’installer dans la mémoire par leur voix, d’autres trouver leur place dans les sets. C’est précisément l’intérêt de Somehow It Flies : proposer plusieurs portes d’entrée plutôt qu’une seule définition d’Oden & Fatzo. Pour ceux qui souhaitent explorer davantage les esthétiques qui traversent le disque, la page DJO Booking dédiée à la house et celle consacrée à la disco offrent deux repères complémentaires.

