Sorti le 16 octobre 2026, Naked est le nouvel album de NTO, producteur marseillais qui associe depuis longtemps mélodies ample et énergie de club. En dix titres, Anthony Favier fait entrer dans sa musique des sujets personnels comme le deuil, la famille, l’amour et la sobriété, sans renoncer aux synthétiseurs et aux rythmes qui ont façonné sa signature. Le résultat ressemble moins à une rupture qu’à un recentrage : un disque électronique qui cherche à faire danser tout en laissant une place réelle à l’émotion. La fiche de l’album sur Qobuz confirme sa date de parution, son format de dix morceaux et sa sortie chez All Night Long.
Un album plus direct, sans effacer la signature de NTO
Le titre annonce une mise à nu, mais pas un abandon des codes électroniques de NTO. Les morceaux gardent une place centrale aux mélodies, aux basses et aux constructions progressives. Ce qui change, c’est surtout la façon de faire circuler l’émotion : moins comme un décor cinématographique posé autour du club, davantage comme le sujet même du disque.
Dans un entretien publié par Numéro Netherlands, l’artiste explique que Naked rassemble des expériences vécues au cours des dernières années, notamment le deuil, l’amour, les changements personnels et la sobriété. Il décrit aussi un rapport différent à son album précédent : Apnea cherchait encore des réponses, tandis que ce nouveau projet s’inscrit davantage dans l’acceptation. Ce contraste donne une clé de lecture utile. L’album ne prétend pas résoudre les questions qu’il soulève. Il les transforme en matière musicale.
Cette démarche s’entend aussi dans le choix du mot « naked ». Il ne s’agit pas forcément de dépouiller chaque piste jusqu’à l’os, mais de réduire la distance entre l’artiste et ce qu’il raconte. La musique reste travaillée, arrangée, parfois ample. Pourtant, elle paraît moins tournée vers la démonstration que vers la transmission d’un état intérieur. L’idée de vulnérabilité ne remplace donc pas la puissance du dancefloor : elle en modifie la couleur.
De Hungry Music à Naked, les étapes d’un parcours électronique
NTO, de son vrai nom Anthony Favier, s’est d’abord imposé dans un paysage électronique français où les mélodies et les atmosphères occupent autant de place que l’impact rythmique. En 2013, il cofonde Hungry Music avec Worakls et Joachim Pastor, un collectif et label associé à une approche émotionnelle de la musique électronique. Le parcours de l’artiste est résumé dans sa biographie publiée par All Night Long.
Après cette période collective, l’album Apnea, paru le 8 octobre 2021, marque une étape importante de son projet solo. Le disque accueille notamment Monolink, Tricky et French 79, comme le rappelle la page officielle de l’album. En 2024, NTO poursuit cette ouverture avec Forever Friends, projet réalisé avec le pianiste Sofiane Pamart, également mentionné dans la biographie du label.
Ce parcours compte pour comprendre Naked. NTO n’arrive pas à l’introspection après avoir découvert la mélodie ou l’émotion : elles faisaient déjà partie de son langage. Le déplacement est plutôt dans le degré de proximité. Les précédents projets pouvaient s’appuyer sur un concept, des images ou des collaborations pour construire un univers. Ici, les récits personnels deviennent plus visibles et structurent l’écoute de manière plus directe.
Pourquoi Naked donne-t-il une place particulière à la famille et au deuil ?
Parce qu’un morceau de l’album est directement lié à la découverte de l’univers créatif du père de NTO, décédé avant la conception du disque. Fior Di Macchia reprend le nom sous lequel son père signait ses dessins, peintures et textes. Pour l’artiste, cette découverte a fait apparaître une facette inconnue de son père et a donné à la musique une manière de prolonger cette mémoire.
Le récit est rapporté par NTO dans son entretien avec Numéro Netherlands. Cette histoire dépasse l’anecdote biographique : elle éclaire le titre du morceau et le rôle de la mémoire dans l’album. La musique devient ici un espace où se rencontrent deux formes de création, celle du fils et celle du père, révélée après coup. La transmission n’est pas seulement un thème abstrait : elle s’incarne dans un nom et dans une œuvre musicale qui lui donne une nouvelle vie.
Cette perspective évite de réduire le disque à un journal intime. NTO ne demande pas à l’auditeur de connaître son histoire familiale pour écouter les morceaux. Les thèmes de l’absence, de l’attachement et du changement restent accessibles à chacun, tandis que certains titres offrent une porte d’entrée plus précise vers sa biographie. L’intime devient alors un point de départ, pas une condition d’écoute.
Une tracklist qui fait alterner tension, lumière et respiration
Les dix titres sont ordonnés comme un parcours plutôt que comme une simple suite de singles. Monday ouvre l’album, tandis que Ensemble le referme. Entre les deux, des morceaux comme Validation, Medication, Solo Yo, Myosotis et I Cared For You font évoluer les thèmes de l’attachement, du rapport à soi et de la reconstruction. La tracklist complète est disponible sur la page de l’album.
Le milieu du disque accueille plusieurs collaborations : Sailor & I apparaît sur Validation, Medication, Mont Rouge et Noah Kulaga sur I Cared For You, Romain Garcia sur Alegria, et Sinego sur Viento. Ce partage des voix et des écritures ajoute des reliefs au récit, sans transformer le projet en compilation de featurings. Le centre reste la vision de NTO, qui organise ces rencontres à l’intérieur d’un même album.
Fior Di Macchia et Myosotis, deux titres à lire comme des traces
Fior Di Macchia porte le récit familial le plus explicitement documenté par l’artiste. Myosotis, placé juste après dans l’ordre de l’album, prolonge cette zone de mémoire par son titre, associé à une fleur souvent liée au souvenir. Pris ensemble, les morceaux dessinent une séquence où l’hommage ne se limite pas à une déclaration : il s’inscrit dans l’enchaînement et la place accordée au souvenir dans le disque.
Cette lecture n’impose pas une interprétation unique. Les titres invitent à relier les morceaux à la biographie de NTO, mais la musique peut aussi être reçue sans ce mode d’emploi. C’est l’un des équilibres intéressants du projet : donner des indices personnels, sans verrouiller le sens de chaque écoute.
Alegria et Viento, les collaborations comme ouvertures
Avec Alegria, NTO retrouve Romain Garcia, tandis que Viento l’associe à Sinego. Le choix de partenaires aux identités distinctes permet au disque de respirer autrement que par la seule alternance entre pistes plus sombres et plus lumineuses. Les collaborations ne servent pas seulement à attirer des auditeurs venus d’autres scènes : elles élargissent la palette du projet tout en gardant une cohérence d’ensemble.
Cette cohérence est importante pour un album de techno mélodique, un registre où le motif accrocheur peut facilement prendre le dessus sur le récit. Ici, la succession des titres donne plutôt l’impression d’un mouvement continu, avec des variations de densité et de perspective. Pour situer ce langage dans le paysage des styles électroniques, on peut aussi découvrir les repères autour de la melodic techno et de la techno.
De l’introspection au dancefloor : une frontière moins nette
L’intérêt de Naked tient en partie à son refus de choisir entre deux fonctions souvent séparées : accompagner la danse ou provoquer une écoute attentive. NTO a déclaré qu’il ne distingue pas vraiment les moments émotionnels des moments faits pour le dancefloor. Dans son entretien, il évoque au contraire l’idée d’une musique qui agit à la fois sur le corps et sur l’attention.
Cette approche explique pourquoi la vulnérabilité n’entraîne pas nécessairement une musique calme ou dépourvue d’énergie. Une pulsation régulière peut porter un sentiment complexe ; une mélodie ample peut susciter le lâcher-prise sans effacer sa part de mélancolie. À l’inverse, les passages plus retenus gagnent en force lorsqu’ils sont placés face à des séquences plus entraînantes. Le contraste devient une façon de composer l’émotion, pas seulement un procédé d’arrangement.
Pour les DJs, cette dualité peut aussi inspirer la construction d’un set. Un morceau mélodique et introspectif peut trouver sa place dans une montée progressive, un moment de respiration ou une transition vers une séquence plus énergique, selon le contexte et le public. La musique ambient et downtempo montre une autre façon de ménager ce type d’espace dans une programmation, sans confondre pour autant les styles.
Une production qui s’appuie davantage sur l’espace et les voix
Dans un autre entretien consacré à l’album, publié par Mixmag Italie, NTO parle de sa manière de travailler avec davantage de place pour les voix, les instruments acoustiques, les sons d’environnement et les imperfections. Il évoque aussi son envie de sortir de certains automatismes de production, notamment en reprenant la guitare et en apprenant le piano.
Ce propos permet de comprendre le côté plus organique attribué à l’album, sans supposer que les machines ont disparu. Chez NTO, l’électronique reste l’outil de composition principal, mais elle n’a pas besoin de tout uniformiser. Une voix peut porter une nuance que le synthétiseur ne transmet pas de la même manière ; une texture moins lisse peut rendre une production plus proche, plus humaine.
L’artiste décrit également un changement dans sa conception de l’intensité : plutôt que d’ajouter systématiquement des couches ou de chercher un impact maximal, il prête davantage attention aux contrastes et au silence autour des sons. En club, cette manière de doser les éléments peut compter autant qu’un drop spectaculaire. Une montée fonctionne aussi grâce à ce qui la précède et à l’espace laissé à l’auditeur pour la ressentir.
NTO à l’Olympia en 2027, une suite scénique à surveiller
NTO est annoncé à L’Olympia, à Paris, le vendredi 5 février 2027. La date et le lieu figurent sur la fiche de billetterie Fnac Spectacles. Le concert donnera une occasion de découvrir comment les morceaux de Naked s’intègrent à son univers scénique. À ce stade, mieux vaut vérifier les informations pratiques et les disponibilités directement auprès de la billetterie.
Le passage du studio à la scène est particulièrement intéressant pour un disque qui associe narration intime et énergie électronique. En entretien, NTO dit attendre le moment où ces titres, travaillés pendant plusieurs années, cessent de lui appartenir exclusivement pour créer des souvenirs chez les auditeurs. Cette idée rejoint le cœur de Naked : une expérience personnelle qui ne reste pas enfermée dans la biographie de son auteur.
Ce que Naked apporte à la discographie de NTO
Naked ne rompt pas avec les mélodies et les tensions progressives qui ont fait connaître NTO. Il déplace plutôt le centre de gravité : les émotions ne sont plus seulement l’atmosphère d’un morceau, elles deviennent une part explicite de son sujet. La famille, la mémoire, le deuil et la sobriété donnent au disque une profondeur biographique, tandis que les collaborations et les arrangements l’ouvrent au-delà du récit personnel.
Pour qui connaît déjà Apnea, ce nouvel album prolonge une sensibilité familière, mais avec une parole plus exposée et une recherche accrue de simplicité. Pour une première écoute, il offre un point d’entrée accessible dans la techno mélodique de NTO, à condition de ne pas attendre uniquement une succession de titres calibrés pour les grands moments de festival. Naked fonctionne aussi comme un album à parcourir d’un bout à l’autre, attentif aux transitions, aux voix et aux respirations.
Au final, le nouvel album de NTO rappelle que la musique de club peut accueillir la vulnérabilité sans perdre son mouvement. Naked transforme des expériences personnelles en matière électronique partageable, avec assez d’espace pour que chacun y projette son propre récit.

